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SEIGNEUR DE CHAUSSEPOT
SOUS LE RÈGNE DE PHILIPPE AUGUSTE, Eudes de Cormeray
entretenait de fort mauvaises relations avec les moines
de Marmoutier, qui venaient percevoir sur ses terres la
dîme, impôt ecclésiastique directement
perçu sur les récoltes et les troupeaux.
Comme beaucoup de petits seigneurs tirant
l'essentiel de leurs revenus de leurs domaines, Eudes de
Cormeray appréciait peu ce prélèvement
qui, venant frapper ses paysans, ne lui laissait ensuite,
lorsqu'il passait derrière, que la portion congrue… La
situation s'envenima, et le seigneur alla jusqu'à molester
les représentants de l'abbaye au bourg de Saint-Pellerin.
Certes, il tenta de racheter ce mouvement d'humeur en donnant
aux moines le droit de prendre chaque année dans
ses greniers trois setiers de blé et autant d'avoine,
générosité dûment consignée
dans une charte de 1202, approuvée par le seigneur
de Courtalain et ratifiée par Louis, comte de Blois
et de Clermont.
Mais les moines, inflexibles, aggravèrent la pénitence en enjoignant à l'irascible
seigneur de partir pour la croisade…
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A
DECOUVRIR |
Décor
armorié
La porte d'entrée du château s'ouvre sous un arc en plein cintre.
Elle est surmontée d'une imposte que couronne un petit fronton triangulaire,
décoré de motifs héraldiques que l'on retrouve également, à l'intérieur,
sur certaines cheminées. |
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Un
château
détruit par les Anglais
La seigneurie de Chaussepot dépendait à la fin du XIIe siècle
de la châtellenie de Courtalain, alors tenue par Agnès, dame de
Courtalain, veuve de Hugues II Borel. En 1189, le seigneur de Chaussepot, Eudes
de Cormeray, institue une fondation charitable en faveur des pauvres de Châteaudun,
consistant en « deux muids de blé à prendre annuellement
sur le moulin de La Varenne à Courtalain ». Détruit par les
Anglais durant la guerre de Cent Ans, le château se présentait dans
sa forme primitive comme un ensemble de bâtiments formant un U, avec quatre
tours d'angle. Il était entouré d'une enceinte et son entrée
se faisait par un pont-levis situé à l'arrière du château
actuel. Au XVe siècle, la seigneurie appartient aux Mallefède.
Durant la guerre de Cent Ans, Chaussepot se trouve à la frontière
de la zone d'occupation anglaise, et ses seigneurs s'illustrent pour la défense
de leur pays. Bertrand de Mallefède se distingue lors de la défense
de Châteaudun en 1416 ; son fils Guillaume est emprisonné en 1436
par les Anglais et libéré contre une forte rançon. |
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Présence
romaine |
La présence, non loin de la propriété, du chemin de César,
voie romaine
reliant Orléans au Mans, explique sans doute l'étymologie de Chaussepot.
Chausse vient du latin calceata via, qui devient en vieux français chalcier,
puis chaussée. Le suffixe pot, pour sa part, peut dériver du latin
pottum,
poterie. |
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ARCHITECTURE |
| Le siège d'une importante seigneurie |
UN
SOUS-SOL À DEMI ENTERRÉ
Le premier niveau du château est en sous-sol, et
présente donc avec
le niveau de la cour une différence de 50 cm. Un escalier à degré
simple et un perron permettent d'accéder au château. Sur l'autre
façade, un pont franchit la douve et aboutit devant une portefenêtre. |
Reconstruit à la fin du XVe siècle, le château
passe au XVIe siècle à la famille de Blères,
qui semble avoirpartagé la seigneurie avec d'autres
propriétaires. En 1575, Chaussepot é choit à Louis
de Pâris, dont le fils Jacques est cité dans
un hommage rendu en 1595 par la dame de Courtalain,
Jacqueline d'Avaugour, au duc de Longueville, comte de Dunois.
Le seigneur de Chaussepot, qui possède droit de haute, moyenne et basse
justice, est lui-même le suzerain
de plusieurs petits seigneurs locaux. Au XVIIe siècle, la famille des
Pierres possède la seigneurie. |
Une
architecture caractéristique du XVIIe siècle
Le château, dont les dernières transformations remontent
au XVIIe siècle, consiste dans un
corps de
logis principal, sans doute le seul é
lément subsistant de la maison
forte ruinée par les Anglais. Couvert d'un toit à pente
raide, il est flanqué au nord-ouest,
sur l'arrière, d'une tour cylindrique coiffée
d'un toit en poivrière, et
sur la gauche, d'une aile basse terminée
par une petite tourelle.
Les façades sont appareillées en silex, qui a pris
au fil du temps une belle teinte rosée,
s'harmonisant avec beaucoup de douceur à la
pierre blanche des encadrements de fenêtres en harpe.
Tel qu'il se présente, l'édifice
semble avoir été remanié sous
le règne d'Henri IV ou sous celui de Louis
XIII. Son enceinte a disparu, mais le château
se dresse toujours sur un terre-plein entouré de douves,
enjambé par
trois ponts, un de pierre et deux de bois. À proximité s'élèvent
des communs construits en pisé, sans
doute sur une partie de l'ancien bâtiment.
Les Kiss de Nemesker, du Danube au Perche
Au XVIIIe siècle,
le domaine se transmet par héritage
aux Boisguyon, qui le conservent jusqu'en 1833, date de sa vente
au châtelain
de Courtalain, le duc de Montmorency, qui loue le château à diverses
personnalités,
notamment le baron de Maussion, ancien préfet
du palais de l'Empereur. En 1920, la propriété est
acquise par un aristocrate d'origine hongroise, le colonel
Miklos de Kiss de Nemesker, ancien écuyer du Cadre noir de
Saumur, dont les propriétés
hongroises venaient d'être
annexées à
la Tchécoslovaquie par le traité de Trianon. Il avait épousé la
fille du marquis Le Charron qui,
resté sans descendance masculine, émit le voeu que
son nom soitrelevé par ses petits-enfants. Chaussepot appartient
aujourd'hui à
M. Miklos de Kiss de Nemesker Le Charron.
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